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5,6 et 7 avril 2019 : Première rencontre de convergence

La première journée, le vendredi 5 avril, a été consacrée au travail dans chacun des mouvements et actions transformatrices qui participent au processus : les économies féministes, le mouvement pour l'agroécologie et la souveraineté alimentaire, les communs et l'économie sociale et solidaire, l'éducation et la co-construction des politiques publiques. C'était l'occasion de se connaître et de s'identifier à des personnes qui partagent un même champ d'action, mais qui développent leurs projets sur des territoires différents.

 

Ainsi, par exemple, le mouvement des économies féministes a partagé diverses expériences concrètes de travail dans différentes régions du monde : expériences de sororité, d'autonomisation, de construction par la pratique et par le local. Les participants ont partagé la nécessité de rendre ces expériences visibles au-delà des discours, d'une manière créative, qui trouve des formes d'expression différentes de celles établies par le patriarcat. Les participantes à cette session ont insisté sur la nécessité pour la vision féministe de l'économie non seulement de rester un groupe de débat, mais d'imprégner toutes les sphères de l'économie, qui doivent être féministes pour être véritablement transformatrices.

 

Le mouvement agro-écologique et de souveraineté alimentaire a également repris la logique du féminisme en proposant une recampésinisation féministe, c'est-à-dire un retour au monde rural et au travail paysan qui met le rôle des femmes au centre. Le rôle crucial de la consommation dans l'accès à la souveraineté alimentaire et la nécessité de repenser le système alimentaire en tenant compte de toutes les phases de la chaîne, de la production à la consommation, y compris la distribution et le transport, ont également été soulignés.

 

De son côté, le mouvement des communs a réuni des personnes liées à la gestion communautaire de différentes ressources, délimitées dans plusieurs zones : communs ruraux, de la connaissance, urbains, naturels et numériques. La mise en pratique des discours, la mise en place de formes d'organisation horizontales, la visibilité des alternatives au capitalisme, l'expansion des pratiques ou la gestion des tensions avec les institutions sont quelques-uns des défis identifiés.  

 

Le mouvement de l'économie sociale et solidaire a consacré une partie de la session au partage d'expériences précieuses mises en pratique dans différents territoires comme l'Afrique du Sud, l'Inde, la Malaisie, la Colombie, le Portugal et le Brésil. Ils ont évoqué les difficultés rencontrées par certaines de ces initiatives, telles que la petite taille des réseaux ou le manque d'implication d'autres mouvements sociaux. Une partie de la session a été organisée en différents groupes de travail : coopérativisme ouvrier, finance éthique et commerce équitable, coopérativisme du logement, économies communautaires et entreprises sociales.

 

En ce qui concerne les actions transformatrices de l'économie, le défi consistait à établir un système d'éducation et de recherche non patriarcal, décolonial, anticapitaliste et non basé sur l'exploitation. A cette fin, il a été proposé que le soin de la planète et la dignité de la vie soient au centre du système éducatif, avec un modèle solidaire et holistique qui dure toute la vie et pas seulement lié à l'enfance.

Par ailleurs, lors de la session consacrée à la co-construction de politiques publiques, les participants se sont accordés sur la nécessité de mettre la qualité de vie des personnes au centre et de créer des espaces pour favoriser la participation, ainsi que d'établir des politiques cohérentes et transversales dans des domaines comme l'éducation, le logement ou le commerce.  

 

La première journée comprenait également d'autres espaces, tels que la présentation de la plateforme virtuelle de participation forum.transformadora.org, le débat sur le modèle de gouvernance du processus du Forum, la cartographie des projets d'économie sociale et solidaire ou la réunion de la commission des médias et des personnes intéressées à renforcer la communication du FSMET 2020.

 

Pour clôturer cette première journée de rencontre et de connaissance, un Forum Ouvert a été organisé auquel ont participé différentes voix liées aux mouvements et aux actions transformatrices à l'échelle internationale. Des militantes et chercheuses féministes comme Florencia Partenio ou Marta Rivera, des éducateurs populaires comme Bernardo Caamal Itzá ou des représentants de réseaux d'économie sociale et solidaire comme Marian Díez ou Pierrette Memong, parmi d’autres, ont participé à cet événement, avec des interventions d'une durée maximale de cinq minutes. Chaque intervention comprenait des prestations musicales d'un orchestre "heureux et fugace", créé pour l'occasion avec des musiciens locaux tels que Txell Neddermann, Simonal Bie, Anna Pantinat, Maria Rodés ou Julián Saladarriaga, entre autres.


Avant de faire se séparer, le spot publicitaire appelant au FSMET 2020 a été projeté, où quatre super-héros et des super-héroïnes incarnent les mouvements transformateurs de l'économie.

Le deuxième jour, les participants à la rencontre se sont réunis pour travailler autour de dix défis identifiés la veille, et qui représentent un premier point de départ pour les différents débats dans le processus vers le FSMET 2020 :

 

  1. Processus du Forum

A ce jour, trois piliers du processus sont visibles :

  • Les transformateurs. Ce sont les quatre mouvements transformateurs, plus les actions transformatrices de l'économie : les économies féministes et la perspective de genre, le mouvement pour la souveraineté alimentaire et l'agroécologie, l'économie pro-communautaire et sociale et solidaire, l'éducation et la recherche, la co-construction des politiques publiques.
  • Les promoteurs. Ce sont les réseaux qui pilotent le processus. Jusqu'à présent, il y en a trois : Xarxa d'Economia Solidària de Catalunya (XES), Red de Redes de la Economía Alternativa y Solidaria (REAS) et le Réseau Intercontinental de Promotion de l’Economie Sociale et Solidaire (RIPESS). En outre, un Comité de Promotion Internationale a été créé pour faciliter l'internationalisation du processus.
  • Les producteurs. C'est l'équipe technique, soutenue par différentes commissions telles que la logistique, le contenu, la communication, les soins...



  1. Éducation transformatrice et libératrice

Un diagnostic a été fait sur le panorama actuel de l'enseignement, dans lequel l'école est le reflet du modèle capitaliste, l'éducation est étroitement liée aux institutions, l'apprentissage est lié à la concurrence et les enseignants apparaissent comme une figure à laquelle se soumettre.

A l'opposé de ces positions, la proposition porte sur une éducation anticapitaliste, anti-patriarcale, décolonisée, non-exploitante, antidiscriminatoire et émancipatrice qui préserve la dignité de la vie, des écosystèmes et de la planète comme centres de préoccupation.

 

  1. Visibilité et récit

La proposition consistait à diffuser le message sous des aspects très clairs, en utilisant des mots de tous les jours, dans un langage clair, diversifié et inclusif. Il a également été proposé d'adapter le matériel existant pour une campagne de visualisation (courtes vidéos, articles académiques...), de contacter les universités, les agences ou associations de presse, et de recourir aux radios communautaires et aux télévisions locales, pas seulement Internet et les médias mondiaux.

 

  1. Travail global-local et inter-mouvements

Dans ce défi, nous avons travaillé sur le concept de transversalité des économies transformatrices, compris dans un double sens : d'une part, du local à l'international et, d'autre part, entre les différents mouvements transformateurs. La nécessité pour le processus du FSMET de refléter une convergence entre les expériences du Nord et du Sud de la planète, entre les communautés et les villes, ou entre les biens naturels et numériques, afin de trouver un langage commun qui les relie, a également été évoquée. Il a aussi été proposé d'établir un lien entre les biens communs et le changement du système économique, et d'évaluer comment des questions telles que la race ou la classe sociale les affectent. Il a également été proposé d'analyser la relation entre la transformation des économies et d'autres mouvements sociaux.

 

  1. Relations avec l’Etat et les entreprises

Des propositions ont été avancées telles que l'avancement des lois sur l'économie sociale, solidaire et transformatrice, la cartographie et la promotion de l'éducation financière alternative, la mise en évidence des entreprises qui monopolisent le pouvoir et pratiquent des pratiques abusives, et l'inclusion des migrations et des souverainetés dans les questions transversales.

 

  1. Gouvernance et auto-organisation

La gouvernance a fait l'objet d'un travail à la fois au niveau des défis et au cours de différentes sessions afin d'expliquer le modèle de gouvernance qui existait jusqu'alors dans le cadre du processus du Forum.

 

Au niveau du défi commun, certaines des discussions tout au long de la session sur la gouvernance et l'auto-organisation ont eu lieu :

  1. Quels types de relations de pouvoir établissons-nous dans nos organisations, nos collectivités et nos territoires ?
  2. Qu'est-ce qui favorise et qu'est-ce qui ne favorise pas que nos organisations soient transformatrices ?
  3. Quels outils et pratiques technologiques favorisent nos modèles de gouvernance ?
  4. Dans quelle mesure notre environnement nous donne-t-il la possibilité de nous auto-organiser ?
  5. Quels modèles de gouvernance territoriale développons-nous ?
  6. Les communautés paysannes comme sujets politiques.

 

Au niveau de la gouvernance du processus du Forum, les débats des différentes sessions ont été structurés autour de trois thèmes : stratégie, définition et inclusion.

 

Stratégie : Il est proposé de changer le nom du groupe de pilotage et qu'il se charge des tâches de coordination, de dynamisation et de suivi. La question se pose de savoir pourquoi il n'existe pas de réseaux représentant les quatre mouvements. La question se pose également de savoir si la présence de REAS (État espagnol) et de XES (Catalogne) a un sens au regard de l'internationalisation du processus. La création de deux nouvelles commissions est proposée, l'une pour la méthodologie et l'autre pour le contenu qui travaille sur le message le plus politique.

 

Définition : Il est proposé de changer le nom de l’’assemblée” du FSMET en "espace" ou "forum". Il est nécessaire de définir le contexte du FSMET, en expliquant son histoire et ses objectifs, ainsi qu'une définition de ce que sont les économies transformatrices, permettant un auto-filtrage. L'importance pour les territoires de s'organiser de manière autogérée et d'éviter un eurocentrisme a également été soulignée. Toutefois, la nécessité d'établir des critères éthiques, une lettre de présentation pour donner de la clarté et un système d'alerte pour ce qui ne sont pas des économies transformatrices, a également été soulevée.

 

Inclusion : Il est nécessaire de laisser un espace ouvert pour rassembler d'autres actions et initiatives, et peut-être former d'autres Économies Transformatrices qui correspondent à des mouvements sociaux qui existent déjà. Il est absolument nécessaire d'étendre et de renforcer le Comité de promotion internationale et d'étendre les réseaux et organisations internationaux non européens pour assurer une présence et une diversité mondiales. L'importance des interactions intergénérationnelles a également été soulignée et une rencontre des jeunes a été proposée. De plus, la création d'un groupe d'accueil a été proposée afin d'assurer un soutien à ceux qui ne peuvent participer en personne.

 

  1. Construction de connaissances et pratiques

Il a été proposé de profiter du Forum pour créer une banque de connaissances, à partir du patrimoine commun, pour combiner les connaissances traditionnelles et scientifiques, pour appliquer le principe de " l'apprentissage par la pratique " au processus du Forum, pour inclure les enfants et les jeunes, pour coopérer dans la connaissance tout en respectant la diversité, pour tirer parti des plateformes numériques existantes et pour les nourrir de manière à en faire une banque de connaissances et pour systématiser les pratiques des économies en mutation afin de les mesurer, les reproduire et les adapter aux différents contextes, notamment.

 

  1. Nouvelles Technologies

Ce groupe de travail a deux objectifs : créer de nouveaux types de technologies et renforcer les mouvements existants grâce aux technologies. Le groupe propose également deux objectifs pour avancer vers des communautés basées sur l'utilisation de l'open source : faire une liste des entités qui produisent des logiciels libres afin d'avoir une alternative à Google et aux autres entreprises, et créer un réseau d'organisations qui travaillent avec ces réseaux ouverts, un réseau technique qui soutient ces mouvements.

 

  1. La vie au centre

Les objectifs étaient de faire prendre conscience de l'invisibilité du travail de soin par opposition au travail productiviste, d'inclure le soin de la planète et de la nature dans le concept de " soin ", d'évoluer vers la non-concurrence, la propriété communautaire et collective, et de réfléchir sur la décroissance comme philosophie. La nécessité d'évoluer vers un système où la violence machiste n'existe pas, de matérialiser les propositions de l'économie féministe à grande échelle et d'inscrire certaines idées à l'ordre du jour public, de les transformer en politiques publiques, entre autres, a également été évoquée.

 

  1. Stratégie propre

Certaines étapes à suivre ont été établies, telles que la cartographie des organisations concernées, l'intégration des agendas mondiaux au niveau international dans le processus, la proposition de nouveaux pactes de coopération entre secteurs ou la mise en évidence des outils, méthodologies, systèmes et agendas pour la collaboration tant géographique que thématique des différents mouvements des économies en transformation.

Le troisième et dernier jour, les participants ont été répartis en groupes en fonction de leurs territoires de travail, dans le but de favoriser la création, dans certains cas, ou le renforcement, dans d'autres, de confluences locales de mouvements, d'organisations et de personnes liées aux économies transformatrices dans chaque territoire. Ces confluences doivent répondre à la réalité locale de chaque territoire, qui doit décider comment s'auto-organiser et comment s'articuler avec les débats qui auront lieu sur la voie du FSMET 2020.

 

A l'issue de ces réunions, il a été proposé d'élargir le débat à d'autres secteurs, tels que les militants du climat, les jeunes ou les migrants, et des régions comme l'Asie ou l'Afrique ont demandé un soutien accru en termes de procédures de visa, de traductions ou de parrainage.

 

Cette première rencontre s'est terminée par une assemblée plénière au cours de laquelle les participants ont exprimé le besoin de créer des confluences locales et d'utiliser la plateforme virtuelle pour relier le local au mondial. On s'est également engagé à travailler pour établir la gouvernance et les méthodologies du processus, à partir de l'autonomie, qui fait partie de l'ADN des économies transformatrices.

 

L'accent a également été mis sur la pluralité des économies transformatrices et il a été rappelé que le processus du FSMET ne vise pas à fonder quoi que ce soit, mais à renforcer les pratiques existantes, à les relier et à les faire converger en un lien collectif entre territoires.

 

L'assemblée s'est conclue par l'engagement de continuer à travailler, à la fois en personne et virtuellement, pour étendre la présence d'un plus grand nombre de collectifs et d'organisations impliqués, et pour construire un agenda mondial commun à long terme, qui rendra visible l'autre monde qui existe déjà : celui des économies transformatrices.



NOTES
Programme
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